Maïsetti Arnaud
24 mai

Portraits défigurés de l'auteur sur la toile : désœuvrer la ligne

BIOGRAPHIE

Arnaud Maïsetti, Agrégé de lettres modernes, titulaire d’un doctorat en études théâtrales, est Maître de Conférences en esthétiques du théâtre à l’université Aix-Marseille. Ses travaux portent sur les écritures théâtrales contemporaines (Genet, Navarre, Müller, Koltès, Gabilly…), mais également sur les mutations du récit dans les écritures actuelles (notamment numériques).

Auteur, il a publié un roman, un essai sur Koltès, un recueil de nouvelles, des récits numériques, et deux pièces de théâtre. Depuis 2010, il est dramaturge pour la compagnie de théâtre La Controverse. Il tient un journal ainsi que ses Carnets en ligne depuis 2006 :http://arnaud-maisetti.blogspot.ca ; http://arnaudmaisetti.net. Il est également membre actif de publie.net, une coopérative d’auteurs pour l’édition de textes contemporains sur internet.

Résumé

Portraits défigurés de l'auteur sur la toile : désœuvrer la ligne
24 May 2016
Ce qui bascule en ligne, quand le temps de l’écriture rejoint celui de la publication, c’est bien la nature même du contemporain : puisque le texte devient contemporain de son inscription dans le champ public de la toile, se déjouent les vieilles structurations de la figure de l’auteur. Élaborée dans le temps différé de la publication par une structure d’édition, qui en choisissant, laissait aussi le temps agir, la figure se défait comme forme unique et totalisante, source et fin du sens de l’œuvre. C’est même l’œuvre qui semble dès lors attaquée, comme on dit d’un acide. Destruction ? Ou recomposition ? Car quand l’auteur en ligne publie dans le geste même d’écrire – devenant l’éditeur de son propre temps autant que celui de ses textes –, ce qui s’invente radicalise plutôt qu’invente une nouvelle fiction d’auteur : l’auteur en ligne, loin de chercher une adhérence de lui à lui- même, cherche au contraire dans le flux à nourrir ses propres visages et à les défigurer à la puissance. C’est un étrange chiasme auquel on assiste : à l’imprimé reviennent les récits de soi, où le livre tend à devenir le produit dérivé de son auteur (autofiction qui semble devenir une ample stratégie d’occupation du champ médiatique par le livre), et au net, l’antique tâche d’attaquer la figure d’auteur, sa multiplication et sa diffusion – comme d’une lumière, diffuse autant que spectrale. Le web accueille – pour une même main qui voudrait écrire au jour le jour le livre désœuvré qui n’aurait besoin ni de livre ni d’œuvre –, un site, ou sur des réseaux sociaux, et dans des revues collectives, des projets éphémères que le web archive et sous lequel il ploie, parfois ; surgit alors une voix sans origine, corps d’auteur sans organe centralisateur. Défiguration – telle semble la loi de l’éditorialisation. Défiguration (au sens où l’entendait Évelyne Grossman dans ses essais sur Joyce, Michaux ou Beckett) : patiente reconstruction d’une silhouette d’auteur construite non plus en amont de l’écriture – et charge aux livres de correspondre –, mais plutôt jetée devant soi, et que l’écriture déjoue, et recompose sur tous les supports. Une figure contemporaine où l’ancien différé du temps éditorial devient la différance derridienne d’un écart renversé entre la voix et le corps : en ligne, l’auteur travaillerait pour la ligne contre l’œuvre, pour défigurer son propre temps capable de l’inventer peut-être, et rendre habitable non plus les mondes possibles de ses fictions (Pavel), mais son propre corps et le monde offert aux autres soudain comme l’utopie réelle d’une incitation politique propre à s’emparer de ce réel et de nos utopies. À partir d’une démarche d’auteur, on se proposera de lire des trajectoires de défigurations : chez François Bon, Mahigan Lepage, Philippe de Jonckheere, Sébastien Rongier.

Publications

  • Maïsetti Arnaud, « Seul comme on ne peut pas le dire », La Nuit juste avant les forêts de B.-M. Koltès, Éditions Publie-Papier, novembre 2012 . Articles universitaires
  • Maïsetti Arnaud, « Koltès, ou le corps injouable », in Agôn, dossier n°7 « La distribution », juin 2015.
  • Maïsetti Arnaud, « Pensées du théâtre de Kristof Warlikowski », in Incertains Regards, Hors-Série n°1, « Le théâtre pense, certes, mais quoi, où et comment ? », mai 2015
  • Maïsetti Arnaud, « En délivrance du sens », in Théâtre / Public, n°216, « Scènes contemporaines : comment pense le théâtre », avril 2015
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